Folder Gestion et Conservation

Comme partout dans le monde, et en particulier dans les pays en voie de développement, les besoins sans cesse croissants en ressources biologiques, l'industrialisation, l'urbanisation, l'ancienneté, l'inadéquation et l'inefficacité du système législatif, l'absence de surveillance et de contrôle, etc. ont indubitablement un impact sur la santé de l'environnement, en général, et la viabilité de la diversité biologique, en particulier. Il en résulte que la majorité de nos écosystèmes et de nos ressources biologiques se trouvent, à un degré ou à un autre, dégradées; certaines de nos espèces et nos ressources génétiques se sont même éteintes.

Satisfaire nos besoins et ceux des générations futures tel que stipulé par les conventions internationales que le Maroc a ratifié, en particulier celle relative à la diversité biologique qui exige la planification et l'utilisation de ces ressources pour en assurer l'équilibre et la pérennité. Il importe, donc, d'adopter des approches et des mécanismes de prévention, d’utilisation rationnelle et promouvoir la restauration et la réhabilitation des ressources détruites, leur valorisation; - la mise en place et en oeuvre de mesures incitatives et recueillir la participation et l’engagement de la population.

Les deux grands axes stratégiques peuvent être soit in-situ (prioritaire), soit ex-situ. Cependant, l'une ou l'autre des approches ne peut se montrer efficiente que s’elle est accompagnée de mesures de sensibilisation / éducation, de recherche / développement, de coopération, etc.

Programmes de conservation in situ

Les principaux efforts consentis par le Maroc en matière de conservation in situ peuvent être résumés en :

Parcs nationaux

Comme l'indique leur nom, ce sont des sites dont les valeurs biodiversitaires (espèces endémiques, menacées, etc.) imposent une plus ou moins grande restriction des activités humaines pour permettre la conservation, sur place (in situ), de ces valeurs. C'est une approche qui ne date pas d'aujourd'hui au Maroc. En effet, les principales disposions, en particulier législatives, ont été mises en place dès le début du siècle dernier (1917, pour la conservation des forêts, 1922 pour la pêche, 1923 pour la police de chasse, etc.) pour la conservation de certaines composantes de ceux qui allaient être qualifiés dès 1934 de "parcs nationaux". C'est, en effet, à partir du 11 septembre 1934 que la création de ces espaces est devenue possible grâce aux procédures fixées par le Dahir portant la même date et, dès les années 1942 et 1950, on assiste déjà à la création de deux parcs nationaux : "Toubkal" et "Tazekka".

Sur le plan international, le Maroc a également pris tôt ses dispositions et a signé plusieurs accords et conventions (La Convention Africaine pour la Conservation de la Nature, 1968; la Convention sur le Commerce International des Espèces Sauvages Menacées d'Extinction ou CITES, 1973; La Convention du Patrimoine Mondial Culturel et Naturel de l'UNESCO, 1975; la Convention de RAMSAR sur la Conservation des Zones Humides, 1980; la Convention sur la Biodiversité, 1992; etc.) qui permettent au Maroc l’accès au soutien financier et scientifique pour la mise en place de telles structures de conservation.

Créés par décret dans des régions naturellement attrayantes sur les plans biologique, scientifique, touristique ou social, les parcs nationaux “doivent être maintenus dans leur état initial et préservés contre toutes les formes d'atteintes” (dahir de 1934 et textes d'application). Dans ces zones, sont donc interdites toutes sortes d'opérations susceptibles de transformer ou de dégrader les lieux. La chasse et la pêche peuvent y être prohibées, en vue de garantir la préservation et, si possible, la reconstitution de la faune. Il existe au Maroc 10 Parcs Nationaux.

Réserves biologiques

Le Maroc compte également un certain nombre de Réserves dont : Réserve Biologique de Takherkhort, Réserve Biologique de Sidi Chiker ou M'sabih Talaâ, Réserve Biologique de Bouârfa et Réserve Biologique de l'Archipel d'Essaouira.

Zones humides Ramsar

Quatre zones humides marocaines ont été classés sites RAMSAR en 1980. Il s’agit du Réserve de Merja Zerga, Réserve de Sidi Bou Ghaba, Réserve de la lagune de Khnifiss, Réserve du lac Aguelmame Afenourir. Actuellement 24 sites sont inscrites sur la liste Ramsar.

Réseau de Sites d'Intérêt Biologique et Ecologique (SIBE)

Ce sont des milieux identifiés par l’Etude Nationale sur les Aires Protégées pour leurs valeurs écologique, scientifique, socio-économique ou patrimoniale. Ils sont au nombre de 160 SIBE's dont 48 considérés "de priorité 1", 50 "de priorité 2" et 62 "de priorité 3". Ceux classés "priorité 1", comportant des écosystèmes originaux, les plus représentatifs et les plus riches en biodiversité, qui doivent être rapidement placés sous un statut de protection (type réserve naturelle) dans un délai ne dépassant pas 5 ans; alors que les autres dans un délai ne dépassant pas 10 ans.

Parcelles porte graines

Près de 837 hectares sont couverts par des formations génétiques forestières autochtones qui sont répartis sur 137 parcelles classées en guise de peuplements porte-graine in situ pour des espèces dont le pin d'Alep, le pin maritime du Maghreb, le cèdre de l'Atlas, le Cyprès de l'Atlas et le sapin du Maroc. Mais à côté de ces ressources génétiques autochtones, il y a, bien sûr, l'Arganeraie, le chêne liège et le Thuya. Moins nombreux sont les cultivars où sont protégées les cultures des variétés locales.

Réserves de Biosphères « MAB »

Deux écosystèmes patrimoniaux plus ou moins gravement menacés à l’échelle nationale ont été programmés pour constituer des réserves MAB (Man and Biosphere). Il concerne l’arganeraie, les oasis.

Programmes de conservation ex situ

Flore

A côté des dispositions visant la conservation in situ de ses ressources vivantes, le Maroc est doté de nombreuses institutions essayant, dans les limites de leurs moyens, de soutenir animaux et végétaux dans leurs efforts de survie. Cependant, en dehors d'espèces pastorales et fourragères ayant attiré l'attention de certains améliorateurs, la conservation ex-situ de la biodiversité des espèces sauvages reste peu développée :

- Jardins botaniques : qui concernent principalement les collections d'espèces exotiques et ornementales. Les jardins exotique de Salé et d'essaie de Rabat peuvent être pris comme exemples. Certains autres jardins, plutôt pédagogiques tels que ceux de l'ENFI ou l'IAV Hassan II comportent également un certain nombre d'espèces rares ou menacées du Maroc.
- Arboreta : Il s'agit d'une quarantaine de sites-test de comportement d'espèces végétales indigènes et exotiques qui datent de près de 60 ans et qui sont dispersés sur pratiquement l'ensemble du territoire national.
- Banques de semences : Certaines "banques" de semences sont entretenues par des institutions de recherche botanique telles que l'Ecole Nationale Forestière des Ingénieurs, l'Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, l'Institut National de Recherche Agronomique, l'Administration des Eaux et Forêts et de la Conservation des Sols, etc.); mais, il s'agit essentiellement de collections de recherches dans des buts d'amélioration. Faute de moyens humains et matériels permettant l'entretien de plus vastes collections et de l'ensemble du patrimoine végétal du Maroc, on ne peut parler de véritables banques de semences au Maroc.

Faune

- Jardins zoologiques: La principale collection d'espèces marocaines conservées en captivité est maintenue au Parc Zoologique National de Témara, les autres jardins zoologiques du Maroc n'hébergeant que des collections fort modestes; mais la contributions de ces parcs zoologiques dans la conservation des espèces indigènes reste très limitée dans la mesure où le milieu naturel où ces espèces devraient être introduites n'en profite que très peu.
- Banque de sperme : Ce sont des infrastructures principalement destinées à l’amélioration génétique des animaux domestiques, en particulier le cheptel ovin, et bovin.

Collections

Ce sont essentiellement des animaux et des végétaux morts, témoins de leur appartenance marocaine, stockés sous forme de collections de recherche ou d'expositions. Il s'agit, certes, d'un patrimoine biologique, mais qui ne peut être utilisé pour des opérations de reproduction, de repeuplement, de restauration et de réhabilitation. L’une des plus grandes collections du Maroc et de l’Afrique est domiciliée actuellement à l’Institut Scientifique de Rabat; elle comporte des milliers de spécimens d’animaux de référence, 25 armoires de Spongiaires, de Coelentérés, Echinodermes, Mollusques, Myriapodes, Poissons, Oiseaux (25 armoires), Coléoptères, Lépidoptères et Orthoptères (2462 boites), Coccidés, Insectes divers et galles (1 armoire) ainsi que 65 boites de lames et lamelles d'entomologie agricole. De par son ancienneté, cette institut a pu constituer également une importante collection de plantes qu'il conserve sous forme d'herbier (champignons, lichens, algues, plantes vasculaires), le plus important au Maroc (presque 95% de toutes les plantes vasculaires du Maroc).

Une collection de spécimens d'amphibiens et de reptiles, est déposée au laboratoire "Diversité et Conservation des systèmes Biologiques" du Département de Biologie de la Faculté des Sciences de Tétouan. Elle comporte plus de 800 spécimens,  ceux-ci ont été pour la plupart victimes d'accidents de route. Il s'agit d'une collection scientifique qui a permis la réalisation de plusieurs thèses, mémoires et articles scientifiques.

D'autres institutions, telles que l'ENFI, l'ENA, l'IAV Hassan II, l'INRA détiennent également des herbiers; mais ceux ci sont beaucoup plus réduits en nombre et en diversité. Il importe également de préciser que des spécimens appartenant à la faune et la flore du Maroc sont maintenus dans des collections de nombreux musées à travers le monde (Royaume Uni, Espagne, France, Allemagne, Irlande, Japon, etc.).

Muséum National d’Histoire Naturelle

Hébergé à l'Institut Scientifique (Université Mohammed V, Rabat), Ce musée des sciences naturelles comporte un grand nombre de collections d'animaux, de végétaux et de roches. C'est une collection destinée à la sensibilisation et l'éducation (grand public, élèves, étudiants, etc.) et comporte : 139 spécimens de végétaux, 292 spécimens d'invertébrés marins, plus de 43 boites d’arthropodes terrestres (papillons, coléoptères, etc.), 194 spécimens de poissons, 9 spécimens d'amphibiens, 55 spécimens de reptiles, 37 spécimens de mammifères empaillés, 283 spécimens d'oiseaux, 86 fossiles et ossements de tortues et mammifères marins et un grand nombre de roches volcaniques, sédimentaires, etc., provenant de diverses régions du pays.

Restauration / Réhabilitation

La réintroduction, qui consiste à replacer une espèce animale ou végétale dans le lieu d'où elle a disparu est une approche également utilisée au Maroc pour restaurer ou réhabiliter certains éléments de la biodiversité nationale ayant disparu de notre pays. Il s'agit particulièrement du Cerf de Berbérie (Cervus elaphus barbarus), disparu du Maroc au Néolithique et qui a été importé de Tunisie où il est encore relativement abondant et réintroduit dans le Parc National du Tazekka et dans la Réserve Naturelle d'Aïn Leuh qui fera partie du Parc National d'Ifrane. Il s’agit aussi de la Gazelle dama (Gazella dama), l'Oryx (Oryx dammah), l'Addax (Addax nasomaculatus), et l'Autruche (Struthio camelus) dont les trois premières proviennet de parcs zoologiques allemands et dont la dernière provient du Tchad. Ces quatre espèces ont été réintroduites dans le Parc National du Souss-Massa, qui est perçu comme réservoir pour les Parcs Nationaux en prévision des zones sahariennes (Bas Draâ et Dakhla). Des essais d’introduction du mouflon à manchettes sont également en cours dans le SIBE des Beni Snassen.

Pratiques Traditionnelles de la conservation

L’usage de la biodiversité est très ancré dans les traditions sociales au Maroc. En effet, il n’y a pas un seul “Medina” où on ne trouve pas des herboristes exposant “mille et une plantes” desséchées et de nombreuses espèces animales, surtout terrestres allant de la petite mouche verte (cantharide) ou “Debbana Hendya” jusqu’aux peaux ou cornes de grands mammifères, en passant par les tortues, les serpents, les rongeurs, les lézards, etc. presque toutes aussi menacées les unes que les autres; certaines même inscrites dans des listes rouges internationales. C’est dire, combien l’utilisation de la biodiversité est ancrée dans les pratiques traditionnelles culinaires, médicinales du citoyen marocain.

Parfois pour assurer les croyants des esprits maléfiques les éléments de la biodiversité sont utilisés dans la Cependant, il ne faut pas négliger, par ailleurs, les informations, les connaissances, l’expérience et les traditions détenues par des populations locales et qui pourraient être capitalisées pour des fins de conservation et d’utilisation durable de la biodiversité. C’est, entre autres, le cas de la végétation naturelle maraboutique et de sa faune associée, conservée grâce au respect de ces lieux saints et où le ramassage des espèces, même d’intérêt socio-économique, sont moralement interdits. C’est l’exemple aussi d’une formation végétale d’Accacia radiana dans la région Sud Est de Zagora; les populations riveraines ont instauré, de façon spontanée, une réglementation qui interdit les coupes des branches (50 DH d’amende pour une branche coupée) et des arbres (500 DH pour un arbre coupé).

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posté par ingongui à 14 May 2014 13:09:26