News Aires protégées: 1,7 million d’hectares sans couverture juridique

  • La future loi risque de faire face à des blocages
  • Environnement, nouvelle forme de propagande?
  • Biodiversité, rapport critique et patrimoine en perdition.
Source Faiçal FAQUIHI / L'Economiste
Date de publication 02/06/2010
Couverture géographique Maroc
Mots-clefs Aires Protégées, Biodiversité, Stratégie, Economiste

Après le littoral, les aires protégées! Des territoires fragiles, menacés et qui font l’objet de deux projets de loi actuellement en cours d’examen au Parlement. Emblématiques et décisifs à la fois. Surtout pour faire rayonner un Maroc écologique déjà mal en point.

Celui sur les aires protégées (parc national et naturel, réserve biologique et naturel, site naturel) a de fortes chances d’entrer en vigueur dès 2011. Le Haut commissariat aux eaux et forêts et la lutte contre la désertification qui parraine ce texte, y croit dur comme fer. Il a déjà été adopté par la Chambre des conseillers -Commission agriculture et affaires économiques-. Celle des représentants a repris le relais.

Fin décembre 2009, le projet de loi 22-07 a été discuté en détail par la commission des secteurs productifs. Preuve en est le bilan de ses travaux -session d’octobre- disponible sur son site web. Curieusement, celui de la Chambre des conseillers n’en garde aucune trace: maigre en contenu et qui a besoin en plus d’être mis à jour.

Quoi qu’il en soit le projet de loi sur les aires protégées avance «lentement» dans le circuit législatif. Abdelkbir Zahoud, Secrétaire d’Etat chargé de l’Eau et de l’Environnement, l’a présenté lors du conseil du gouvernement du 31 janvier 2008 et qui l’a adoptée le jour même.

Il faut remonter au protectorat, le 26 septembre 1934 exactement, pour retrouver la trace de l’unique dahir réservé aux parcs nationaux.

Huit ans plus tard, ce texte donnera naissance au parc national de Toubkal. Premier de son genre dans notre histoire écologique. L’on compte ainsi 36.000 ha d’espace vert étendu dans les environs de Marrakech. Mohamed Bedhri, auteur en 2010 d’un essai sur «le Droit de l’environnement» , souligne que le statut des réserves naturelles (à distinguer des parcs nationaux) a été plutôt fixé par des arrêtés ministériels.

En voie de disparition!

Le projet de loi sur les aires protégées se réparti en 41 dispositions.

Son article premier plante le décore en définissant les aires protégées comme «tout espace terrestre et/ou marin, géographiquement délimité et spécialement aménagé (…) pour le maintient et l’amélioration de la diversité biologique, la conservation du patrimoine naturel et culturel…». Il est question aussi de mise en valeur et de prévention contre la dégradation.

Tout un programme lorsqu’on sait que «le Maroc se classe 2e dans le pourtour méditerranéen (après la Turquie) en terme de biodiversité végétale et 1er pour sa biodiversité animale. Sans pour autant que l’inventaire de la faune animalière soit complet», affirme Mohammed Ribi, chef de la division réserves et parcs nationaux auprès du Haut commissariat des eaux et forêts. Il en veut pour exemple un récent référencement des poissons d’eau douce d’une «richesse singulière».

Le 4e rapport sur la biodiversité nationale signale l’existence de plus de 24.000 espèces animales et de 7.000 espèces végétales avec un taux d'endémisme global de 11% pour la faune, et de plus de 20% pour les plantes vasculaires. «Un taux presque sans égal dans tout le bassin méditerranéen», selon ce document réalisé par le professeur Mohammed Menioui de l’Institut scientifique de Rabat.

C'est-à-dire que le Maroc dispose de plantes uniques, non présentes ailleurs.

Toutefois nos ressources naturelles sont «d’une grande qualité mais fragiles et surtout insuffisamment protégées (…). Un tiers des écosystèmes est très dégradé et en voie de disparition sur le court terme», rappelle à son tour le professeur Bedhri.

Une stratégie nationale de la biodiversité 2004-2010 existe pourtant. Elle n’est en fait qu’une «re-transposition de la Conférence internationale sur la biodiversité dont la prochaine édition est prévue en octobre 2010 à Nagoya au Japon. Et où le plan international 2010-2020 sera adopté», affirme Mostafa Medbouhi, membre du comité national de la biodiversité et haut cadre au département de l’Environnement.

En 1996, le Haut commissariat des eaux et forêt a élaboré par ailleurs le plan directeur des aires protégées. Celui-ci a permis d’identifier 154 sites d’intérêt biologique et écologique (SIBE). Ils couvrent 2,5 millions d’hectares et regroupent les 40 grands écosystèmes naturels du Maroc.

Certes les SIBE englobent aussi des parcs nationaux, juridiquement protégés.

Mais ils (SIBE) ne sont pas couverts par la loi. L’on s’est contenté de les qualifier de site d’intérêt biologique et écologique. Mais sans leur réserver le traitement qu’ils méritent. 144 sites sont dans ce cas de figure. D’où l’intérêt justement du projet de loi sur les aires protégées qui, contrairement à la loi de 1934 relative aux parcs nationaux, introduit dans notre législation d’autres catégories d’aires protégées: parc naturel, réserve biologique….

Autant dire que le future texte va devoir couvrir plus de 1,7 million d’hectares des fameux SIBE, sans protection légale jusqu’à ce jour. Il est à craindre que son application révélera des surprises: les sites à proximité de zone urbaine (cas Oued El Maleh et Martil) ont déjà été saccagés par la promotion immobilière… Et qu’entre temps des propriétaires ce sont installés. Il est donc fort à parier que les tribunaux administratifs auront du pain sur la planche. D’autant plus que la classification d’un espace dans les aires protégées obéit à une procédure qui dure au maximum 2 ans: enquête publique, collecte d’avis et de propositions… Si ce délai est dépassé, il faut reprendre tout à zéro.

Quoi qu’il en soit, jusqu’aux années 1990, où s’est tenu le Sommet de Rio pour l’environnement, l’on comptait seulement 4 parcs nationaux.

Il existe aussi trois réserves biosphères: arganeraie, oasis du sud et intercontinentale de la Méditerranée. Il est envisagé de créer une quatrième dédiée à la cédraie dans le Moyen-Atlas et la partie orientale du Haut-Atlas. Trois parcs nationaux fusionneront -Ifrane, haut-Atlas oriental et Khénifra- pour donner lieu un espace de 1,2 millions d’hectares. Les réserves biosphères «ne sont pas des aires protégées par la loi mais ayant plutôt la reconnaissance de l’Unesco en tant que patrimoine mondial. Nous sommes en train de constituer le dossier et on envisage de le déposer en 2011», annonce le chef de la division des réserves et parcs nationaux.

Une réserve biosphère ne doit pas être confondue avec une réserve biologique et encore moins avec un parc national. «Car elle englobe à la fois un espace urbain (ville d’Agadir par exemple) et une aire protégée, tel que le parc national de Souss-Massa-Draâ», nuance le haut cadre du Commissariat aux eaux et forêts.

Finalement, le souci écologique s’est manifesté au Maroc dès les années 30. L’élan amorcé durant le protectorat a été timidement cultivé. Alors même que plusieurs lois ont été adoptées (environnement, eau, air, étude d’impact…), l’application qui en a été faite (lorsque c’est le cas) est quasiment anecdotique.

Si les projets de loi relatifs aux aires protégées et à la protection du littoral subissent le même sort, il ne reste plus qu’à crier haut et fort «l’environnement est la propagande du 21e siècle». Au Maroc en tout cas!

Fiasco

Elle existe mais on en parle peu! La stratégie nationale de la biodiversité 2004-2010. Celle-ci est une re-transposition des recommandations de la Conférence internationale sur la biodiversité dont la prochaine édition est prévue en octobre 2010 à Nagoya au Japon. Le Maroc a déjà sorti le 4e rapport sur «l’évaluation de la mise en œuvre de la convention à l’échelle nationale». Publié en février 2009, il fait état de résultat mitigé: pas mal de choses ont été faites mais pas dans le cadre de la stratégie 2004-2010. Surréaliste!

Des ressources limitées et pas de coordination. Voilà globalement le constat qu’il dresse. Un fiasco en fait. Il suffit à ce titre de voir le site naturel d’Akreuch, dans les environs de Rabat. Et où à quelque trentaine de kilomètres de la capitale une décharge a été implantée, et depuis des années. Certes, un centre de traitement de déchets est en cours de construction. Mais les dégâts sont visibles à l’œil nu. La décharge a quasiment cannibalisé le site de Akreuch (pollution de l’air, des eaux…). Mais le comble, c’est le panneau indiquant l’existence d’une «route touristique» à proximité de la décharge. Joli coup de promo pour un pays qui mise sur 10 millions de touristes!

Faiçal FAQUIHI

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