News La faune du Sud retrouve ses couleurs

Le processus de réintroduction des ongulés dans les provinces du Sud se renforce par la capture et le lâcher de 6 addax et 9 autruches au niveau de la station de Safia.

Source Meriem Rkiouak / LE MATIN
Date de publication 07/07/2010
Couverture géographique Maroc
Mots-clefs Faune, Réintroduction, ongulés

En célébration de l'année 2010 consacrée ''année internationale de la biodiversité'', le Haut Commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte contre la Désertification a organisé, mardi 6 juillet, une opération de lâcher d'addax et d'autruchons à cou rouge au niveau du site de Bir Guendouz dans la province d'Aousserd. Il s'agit de la deuxième opération de son genre après celle réalisée en 2008, nous fait savoir docteur Salhi Abderrahim, vétérinaire au Haut Commissariat aux Eaux et Forêts, qui a pris part à ce lâcher. La première opération a rencontré du succès et s'est soldée par l'installation et l'acclimatation d'un premier groupe d'ongulés se composant d'une vingtaine d'addax et de plus de 26 gazelles ''dama mohr'' qui se sont reproduits dans de bonnes conditions. Le lâcher du 6 juillet s'assigne donc pour objectif de renforcer ce groupe par la translocation et l'acclimatation de nouveaux ongulés.

Il va sans dire que le besoin de telles initiatives est pressant au niveau des zones sahariennes. Celles-ci sont en perte de vitesse continue sur le plan environnemental et essuient annuellement des dégâts considérables en matière de biodiversité. D'où la pertinence des lâchers organisés qui permettront de « restaurer le patrimoine sauvage désertique et pallier les pertes de la biodiversité des zones sahariennes, à travers le développement d'un réseau de stations, de réserves et d'aires protégées, et ce conformément à la convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage et en concordance avec la convention des Nations unies sur la biodiversité», indique le communiqué de presse du Haut Commissariat aux Eaux et Forêts. Contactés par ''Le Matin'', les responsables du Haut Commissariat soulignaient, à l'unisson, le bon déroulement de l'opération et qui a permis, le 5 juillet, de capturer 6 addax et 9 autruchons. Ces ongulés ont été par la suite transportés par avion depuis le parc de Souss Massa jusqu'à la réserve de Safia (située à Bir Gunedouz) où ils ont été relâchés le 6 juillet en présence notamment d'Abdeladim Lhafi, Haut Commissaire aux Eaux et Forêts et à la Lutte contre la Désertification et du wali de la région d'Oued Eddahab-Lagouira.

Le suivi sanitaire n'est pas en reste. « On suit l'opération depuis le 5 juillet. On a procédé à la vaccination et à la prise de ''mensurations biométriques'' des animaux capturés qui sont actuellement sujets à un suivi vétérinaire et scientifique », assure docteur Salhi.

En effet, les tâches les plus ardues, à savoir la capture et le transport des addax et des autruchons ont été accomplies. Pour le moment, il ne reste qu'à les accoutumer au bio-climat saharien, ce qui s'avère relativement aisé. Et pour cause, la transplantation de ces espèces au niveau des zones sahariennes constitue pour elles un retour au bercail.

Mohammed Ribi, chef de la division des parcs et des réserves naturels au Haut Commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte contre la Désertification explique : «A l' origine, les addax et les autruches habitaient le Sahara. Sous l'effet de la chasse, de la présence humaine et de l'expansion urbanistique accélérée, ces espèces ont disparu complètement de la région». Il s'agit donc simplement de les réintroduire dans leur milieu d'origine et, par là, de restituer aux zones sahariennes une partie de leur faune et de préserver les écosystèmes désertiques. En outre, la réintroduction de ces espèces rares et hautement attractives devra contribuer à la promotion du tourisme de vision dans la région.

Sans parler de sa contribution à la lutte contre la désertification qui s'organise autour de plusieurs programmes mis en place dans les provinces du Sud. Justement, l'évaluation de ces programmes a été l'objet d'une visite effectuée par le Haut Commissaire aux Eaux et Forêts et à la Lutte contre la Désertification mercredi 7 juillet dans la province d'Oued Eddahab.

A cette occasion, M. Lhafi, accompagné du wali de la région d'Oued Eddahab- Lagouira, s'est enquis de l'état d'avancement du programme de lutte contre l'ensablement dans les provinces du Sud. Faisant partie du plan décennal 2005-2014 du Haut Commissariat, ce programme a permis, depuis 2005, de traiter 700 hectares et devra aboutir au traitement de 1.330 ha à l'horizon 2014.

Dans la même perspective, 55 ha de l'ensemble de 70 ha prévus en 2011 ont été boisés dans le cadre d'un projet de création d'une ceinture verte autour de la ville de Dakhla, et ce dans le but de la protéger contre les vents de sable et de la doter d'espaces de détente dédiés à la population.

Un autre exemple de la promotion et de la valorisation des espaces verts dans les zones du Sud consiste dans l'aménagement de la forêt périurbaine de Tawarta située dans la province d'Oued Eddahab. Grâce à sa pépinière d'une capacité de production annuelle de 80.000 plantes, la forêt de Tawarta est devenue un haut-lieu de détente et d'éducation environnementale fréquenté aussi bien par la population que par les écoliers et les chercheurs.

Les aires protégées au collimateur

Au Maroc, on compte 150 sites d'intérêt biologique et écologique d'une superficie totale de 2,5 millions d'hectares, dont dix parcs nationaux répartis sur tout le territoire marocain. Ces aires protégées sont régies par une loi qui vient d'être adoptée par le Parlement en juin 2010. Cette dernière opère un classement précis des aires protégées selon des critères internationaux. Ainsi, on identifie les parcs nationaux, les parcs naturels, les réserves biologiques, les réserves naturelles, les sites naturels. Dans le souci de réhabiliter les aires protégées du Maroc, le Haut Commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte contre la Désertification a élaboré une stratégie déclinée en trois axes principaux. Le premier concerne la restauration des équilibres des écosystèmes concernés et la réhabilitation des espaces dégradées en tenant compte de leur biodiversité et de leurs spécificités. Le deuxième axe porte sur l'aménagement et l'équipement des aires protégées pour en assurer une bonne gestion et leur éviter la dégradation, et ce en prenant en considération les fragilités et les contraintes naturelles. En troisième lieu, il s'agit d'intégrer ces aires dans la dynamique socio-économique locale et régionale, de mettre en place des écomusées et de promouvoir l'écotourisme.