News La réserve de Sidi Boughaba malmenée

La réserve biologique de Sidi Boughaba, site classé sur la liste Ramsar, relative à la Convention internationale des zones humides d'importance internationale, est en péril. Des projets d'aménagement sont en train d'hypothéquer l'avenir de ce haut-lieu de la biodiversité.

Source Le Matin / Rachid Tarik
Date de publication 25/04/2011
Couverture géographique Maroc,
Mots-clefs Zones humide,Ramsar,

Parmi ceux-ci, l'aménagement sur ce site d'une plage sans respect des normes environnementales par la commune de Sidi Taïbi. Cette action illégale a déstabilisé le cordon dunaire et entraîné un ensablement. Ce phénomène naturel va créer un couloir d'érosion sur les terres agricoles, sur la route et fatalement sur le lac. Déjà malmené par la végétation à cause de l'envasement, le lac perd chaque année un hectare et il risque de disparaître dans un siècle.

Autre amputation: la construction sur une bonne partie du site de la réserve d'une route pour contourner Mehdia. Le long de cette voie, le visiteur ne peut s'empêcher de constater l'absence de clôture pour empêcher certains d'occuper illégalement le terrain ou d'autres de jeter leurs déchets. Mais le point noir, c'est la présence sur une autre partie de ce site naturel, de la décharge sauvage de Mehdia. Cela ne va pas sans poser un problème de pollution d'air pour ce site, qui accueille quelque 120.000 personnes chaque année. Ces visiteurs représentent, eux, aussi des menaces : déchets abandonnés, risques d'incendie et dérangement de la faune et de la flore. « Ce lac déborde par sa biodiversité unique le long de la côte atlantique. Il est constitué à l'origine d'eau douce qui vient directement des nappes phréatiques.

Ce lieu écologique représente un grand axe pour les oiseaux migrateurs vers l'Afrique et leur retour en Europe pendant l'hiver et l'été. Plus de 200 espèces d'oiseaux ont été observées à Sidi Boughaba et cela constitue 50% de l'ensemble des oiseaux remarqués au Maroc. C'est aussi le refuge pour des espèces menacées de disparition aux niveaux régional et mondial», a indiqué Abdeslam Bouchafra, directeur du Centre national d'éducation environnemental de la réserve de Sidi Boughaba. Et ce dernier d'ajouter : « Ce site naturel contient également un patrimoine naturel hors du commun. La forêt naturelle constitue le dernier témoin de la végétation naturelle qui couvrait la côte atlantique marocaine de l'époque quaternaire». Si tout le monde est d'accord sur la haute valeur écologique de ce site, il n'empêche que certains contestent le constat négatif relatif à son avenir.

«Ce constat, qui dit que tout ce qui se passe dans les environs immédiats de la réserve (route, décharge, etc.) a un impact négatif sur le système écologique du site, n'est pas fondé, car il n'y a jamais eu d'études pour le déterminer réellement. Par ailleurs, pour lutter contre les nuisances des visiteurs, nous avons adopté une démarche de protection et de gestion, qui vise à intégrer la réserve dans son environnement. Par exemple, le fait de faire passer la route du côté de Mehdia a permis de contourner le site de la réserve et de fermer, à la circulation, un tronçon de route qui passe à l'intérieur de la réserve. Cela a permis également de contrôler davantage la fréquentation de la réserve», a souligné Mohamed Ribi, chef de la division des parcs et réserves naturelles au Haut commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte contre la Désertification (HCEFLD). Le site de Sidi Boughaba n'est pas un cas isolé, toutes les zones humides connaissent plus ou moins des problèmes. Pour protéger ces écosystèmes, une loi sur les aires protégées a été adoptée en juillet 2010. Mais pour la traduire sur le terrain, il faut des décrets d'application. Or, ces textes sont en cours d'élaboration.

« Pour ce qui est de l'application de la loi sur les aires protégées, nous avons élaboré un projet de texte d'application de cette loi et discutons actuellement avec le Secrétariat général du gouvernement, en vue de le mettre le plus tôt possible dans le circuit de validation avec les autres départements», a noté M. Ribi. Et d'ajouter : « Nous voulons signaler également que pour la création d'autres aires protégées, on ne doit pas attendre l'adoption du texte d'application. Toutes les dispositions nécessaires pour la création sont dans le texte de la loi. Dans ce cadre, nous avons arrêté une première liste des sites prioritaires à ériger en aires protégées et nous élaborons, actuellement, les dossiers de projets de création de ces aires protégées en vue de les lancer cette année», a conclu M. Ribi.

Gestion concertée

La gestion de la réserve de Sidi Boughaba est une opération commune, réalisée avec le Haut commissariat aux Eaux et aux Forêts et à la Lutte contre la Désertification (HCEFLD) et la Société protectrice des animaux et de la nature (Spana du Maroc). C'est une première expérience de ce genre au Maroc entre une association et un département ministériel. La gestion consiste notamment à l'animation du Centre national d'éducation environnementale de la réserve de Sidi Boughaba, la surveillance, le nettoyage et l'aménagement des aires de circuits. Il existe aussi des aspects scientifiques comme sa participation à l'étude de la biodiversité de la réserve. La Spana est tenue de préparer un plan d'aménagement et de gestion en concertation avec tous les autres acteurs de la région.