News Les pilleurs des forêts font des ravages

  • Des bandes armées spécialisées dans le pillage et la commercialisation du bois.
  • 6.600 m3 de cèdres dérobés en 2012.
  • 84% des incendies enregistrés dans le Rif et l’Oriental.
Lien relatif http://www.leconomiste.com/article/900564-les-pilleurs-des-ts-font-des-ravages
Source L'Economiste
Date de publication 21/11/2012
Couverture géographique Maroc,
Mots-clefs Forêts, Incendies,

Outre la rareté des ressources en eaux, l’équilibre de l’écosystème est également menacé par le recul des espaces forestiers. D’autant plus que les forêts jouent un rôle déterminant dans l’amélioration des systèmes hydriques (voir article précédent).

Les campagnes de sensibilisation lancées par le Haut commissariat aux Eaux et Forêts, notamment via des spots télévisés, témoignent de l’ampleur des dégâts. Rien qu’en 2012, pas moins de 326 incendies ont ravagé une superficie boisée de 1.084 hectares et une superficie non boisée de 2.322 hectares. Près de 84% de ces sinistres ont eu lieu dans les régions du Rif et de l’Oriental. Néanmoins, Abdeladim Lhafi, Haut commissaire aux Eaux et Forêts minimise l’ampleur des dégâts, en soulignant «le recul de l’étendue de chaque incendie à 8 hectares, contre 12 hectares une année auparavant». De plus, «90% des sinistres ne dépassent pas 5 hectares. Et la superficie globale endommagée est la moins élevée au niveau du bassin méditerranéen». Lhafi impute la détérioration des espaces forestiers au développement d’autres activités, comme le déboisement des arbres. «Il ne s’agit pas d’un phénomène récent. Mais il est passé d’une surexploitation à un pillage pour des raisons commerciales», a-t-il expliqué. Le Haut commissaire parle de «bandes armées, disposant d’équipements modernes, qui se sont spécialisées dans le pillage du bois des arbres, son stockage, son transport et sa commercialisation». Pas moins de 6.600 m3 de cèdres ont été dérobés en 2012, soit 50% du total de l’exploitation illégale. Pire, les gardes des Eaux et Forêts, chargés du contrôle de ces espaces, sont souvent l’objet de violences. Près de 557 cas ont été enregistrés dans le Moyen Atlas.

Parallèlement, certaines populations sont également accusées d’avoir «mis la main illégalement sur des propriétés forestières, notamment dans le cadre des cultures interdites au nord du pays», est-il indiqué. En clair, il s’agit des cultures de cannabis qui se sont développées dans les forêts du Nord. Les tentatives de mainmise des populations sur les propriétés forestières ont également conduit à des contentieux judiciaires. C’est notamment le cas pour 150 hectares à Larache, 120 hectares à Tanger et 100 hectares à Tétouan. C’est pour cela qu’il est important de procéder à la délimitation de la propriété forestière, et d’assurer un suivi des dossiers devant les tribunaux. Ceci figure parmi les priorités des Eaux et Forêts, ainsi que la mise en place de programmes de développement intégré au profit des populations. L’idée est de leur fournir une alternative permettant d’atténuer la pression sur les ressources naturelles.

De plus, la délimitation de la propriété forestière traîne toujours. Seulement 58% des 9 millions d’hectares de forêts que compte le Maroc sont délimités et approuvés. Près de 2,4 millions d’hectares sont délimités, mais sont toujours en cours d’approbation, tandis que 1,2 million sont en phase finale de délimitation. Et pour l’instant, quelque 240.000 hectares n’ont encore faite l’objet d’aucun traçage. Par ailleurs, les espaces forestiers peuvent être mobilisés pour accueillir des «projets d’investissements structurels, dans un objectif d’utilité publique», est-il souligné. C’est le cas notamment pour la construction des barrages, des autoroutes ou des aéroports. Entre 2000 et 2011, près de 96 projets ont été réalisés sur une superficie de 9.200 hectares, ayant drainé dans les caisses de l’Etat 480 millions de DH, qui ont été injectés dans le fonds de reboisement.
D’ailleurs, après les 50.000 hectares réalisés en 2012, les Eaux et Forêts prévoient le reboisement de 44.000 hectares l’année prochaine. La cession des terrains forestiers peut également passer par une opération d’échange de terres. Sur ce point, Lhafi a fait savoir que 13 projets ont été réalisés sur 654 hectares qui ont été échangés contre 1.010 hectares.