News Les services offerts par la nature facturés

Le parc national d'Ifrane accueillera une première expérience en matière de compensation financière pour les populations locales.

Source Rachid Tarik / LE MATIN
Date de publication 20/12/2010
Couverture géographique Maroc
Mots-clefs Ecosystème, Servuces rendus, Parc National d'Ifrane

Pour lutter contre la dégradation du bassin de Sebou, le programme méditerranéen du Fonds mondial pour la nature (WWF), relatif à la conservation des zones humides dans ce bassin, mène un projet en matière de Paiement des services environnementaux (PSE).

Financé par la Fondation MAVA pour la nature, ce projet qui fait partie du programme «Initiatives pour la conservation des écosystèmes des zones humides en Afrique du Nord et dans les Balkans de l'Ouest», tente de mettre en place un PSE, qui est un mécanisme financier de compensation, à travers lequel les bénéficiaires des services rendus par la nature reconnaissent la valeur de ces derniers et participent à leur conservation via la rémunération des villageois pour les encourager à conserver ces ressources naturelles. «Le PSE a pour objectif de créer un marché entre celui qui dégrade les ressources naturelles et celui qui veut les conserver. Nous voulons proposer des PSE aux grands acteurs industriels marocains.

Et pour que ces mécanismes réussissent, il faut qu'ils s'inscrivent dans la durabilité et le renforcement des capacités institutionnelles et humaines», a souligné Youssef Bennouna, ingénieur en environnement, lors d'un atelier consacré au projet de mise en place de PSE au Moyen-Atlas, organisé la semaine dernière. «Notre objectif est de mettre en place des schémas PSE liés à l'eau, dans certains lacs du Moyen-Atlas. Notre projet s'achève dans six mois et nous devons identifier les lieux», a ajouté Meryem El Madani, coordinatrice du projet WWF au Maroc.

A noter que le bassin de Sebou représente un enjeu crucial pour le développement du Maroc (20% des ressources en eau sur 8% du territoire national).

Alimenté par les sources du Moyen-Atlas, ce fleuve est menacé par la pollution, la surexploitation des ressources et la déforestation. Si rien n'est fait pour inverser la tendance, ce fleuve risque de ne plus être en mesure de répondre aux équilibres des écosystèmes et aux besoins des populations. Les eaux de Sebou et ses affluents sont nécessaires à la vie et aux activités de plus de six millions de Marocains.

Système de compensation

Plusieurs pays ont déjà expérimenté ce système de compensation. La Chine par exemple a lancé le programme «Grain for Green» entre 1999 et 2010, relatif à la lutte contre l'érosion et qui a permis le reboisement de plus de 14 millions d'hectares, après avoir rémunéré les paysans. «En France, deux grandes sociétés d'embouteillage d'eau minérale ont adhéré aux PSE. Ces entreprises rémunèrent les agriculteurs qui ont accepté d'opter pour des cultures durables qui évitent de polluer. Sans cela, ces deux sociétés risquaient de perdre le label d'eaux minérales», a indiqué Faïçal Sossey Alaoui, géologue.

A l'échelle nationale, le choix a été porté sur le parc national d'Ifrane pour accueillir une première expérience d'une mise en place d'un PSE. Ce parc, qui relève du Haut commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte contre la désertification (HCEFLD), bénéficie déjà de plusieurs études en matière de conservation. Pour sa part, le HCEFLD a expérimenté un système de compensation qui permet un versement annuel de 250 DH par hectare pour les éleveurs. En contrepartie, ces derniers s'engagent à respecter la mise en défense de la forêt. Mais certains experts se demandent si ce mécanisme de compensation prend en compte l'ensemble des services environnementaux forestiers: séquestration de carbone, protection des ressources en eau, conservation de la biodiversité et beauté des paysages.

La recherche de mécanismes financiers innovants devient un des sujets primordiaux de la diplomatie environnementale. D'ailleurs, la 10e conférence de la Convention sur la diversité biologique (CDB), organisée en octobre dernier à Nagoya (Japon), prône notamment la recherche de financements innovants pour mettre en œuvre son plan stratégique 2011-2020 qui propose 20 objectifs et dont les principaux points suggèrent la transformation en aires protégées de 17% des terres du Globe et 10% des aires marines et côtières.

Fonctions écologiques

Le bassin versant de Sebou, qui chevauche les trois régions biogéographiques les plus arrosées du Maroc (le Rif, le Moyen-Atlas et les plaines du Gharb) est aussi l'une des régions les plus riches en termes de biodiversité. On y dénombre pas moins de 39 zones humides importantes parmi lesquelles 5 sites Ramsar (convention internationale sur les zones humides), 2 parcs nationaux et 17 sites d'intérêt biologique et écologique d'importance nationale. Ces zones humides sont caractérisées par l'importance de leur biodiversité, particulièrement ornithologique.

Elles constituent souvent un lieu de repos, de reproduction ou d'hivernage pour les oiseaux migrateurs. Elles offrent également aux populations des ressources naturelles très variées qui sont à la base de l'économie locale (artisanat, pêche, agriculture, élevage, etc.) ainsi que des fonctions écologiques essentielles comme la conservation des ressources en eau, la protection contre les risques d'inondation et la conservation de la biodiversité.