News Meknès: L’INRA à la rescousse de la biodiversité

L’Institut national de recherche agronomique (INRA) de Meknès veut contribuer à la sauvegarde de la biodiversité des espèces ligneuses et l’introduction de nouvelles cultures en zone de montagne.

Source Youness SAAD ALAMI / L'Economiste
Date de publication 10/01/2011
Couverture géographique Maroc
Mots-clefs Biodiversité, Agrobiodiversité, Sauvegarde, INRA, Meknès

Pour ses experts, «la préservation de la biodiversité, enjeu essentiel pour l’avenir de l’humanité, demande tout à la fois un engagement sur le terrain pour repérer, collecter, et l’utilisation de techniques de laboratoire pour identifier et caractériser le patrimoine végétal et les produits du terroir».

De fait, l’Institut a mis en œuvre de nouveaux programmes. Programmes qui visent, selon Abdellah Kajji, coordinateur de l’Union d’agronomie et physiologie végétale à l’Institut, l’identification, la caractérisation et la mise en culture dans une optique de sauvegarde et de valorisation de cette richesse et de diversification des systèmes de culture. D’ailleurs, la synthèse des travaux réalisés récemment sur les plantes ligneuses et les nouvelles cultures introduites à haute valeur ajoutée en zone de montagne est concluante. Parmi les espèces ligneuses actuellement concernées par le programme d’étude de la biodiversité et de collecte du germoplasmese, on trouve le caroubier et le câprier. Grâce à l’extraction d’ADN et à l’utilisation d’amorces moléculaires de ces espèces, il a été possible de regrouper les câpriers collectés dans les régions de Meknès, Fès et Sidi Kacem, en cinq groupes selon leur proximité génétique. «Leur origine géographique dérive probablement de trois berceaux: la Syrie, l’Espagne et le Maroc», indique Kajji. Et «Un groupe est génétiquement éloigné des autres et correspond à des plants capables de s’implanter sur des rochers: ce serait une espèce différente endémique au Maroc» explique-t-il. De fait, l’étude morphologique des caroubiers prospectés dans les régions de Chefchaouen, Khénifra, Beni Mellal et Moulay Idriss Zerhoune a permis de mettre en évidence l’existence d’une grande variabilité génétique au sein de cette espèce. Au niveau des fruits, cette diversité touche des caractères tels la taille, la forme de la gousse et le rapport de graines par rapport à la pulpe.

La préservation de la diversité génétique du caroubier est d’autant plus délicate et prend un relief tout particulier pour cette plante dont les usages sont déjà extrêmement divers et concernent des parties différentes du fruit et de la plante dans son ensemble. Pour les experts de l’INRA, il ne s’agit plus de sauvegarder la diversité d’une espèce, mais tout simplement de permettre sa survie. A cet égard, d’autres acteurs publics peuvent intervenir comme les Eaux et Forêts qui oeuvrent à la conservation de certaines espèces dans les parcs naturels.

Les responsables de l’INRA constatent que les populations rurales de montagne connaissent souvent des difficultés à avoir un revenu suffisant du fait de nombreuses contraintes (climat contraignant, sol en pente et souvent caillouteux et/ou peu profond, parcellaire, très morcelé, etc.). La collecte de plants dans l’environnement constitue souvent un apport non négligeable pour les populations locales. Cependant, les cas de surexploitation des ressources naturelles ne sont pas rares. L’Institut de Meknès intervient donc pour proposer de nouvelles productions à haute valeur ajoutée. «Le rôle de l’institution est de vérifier l’adaptabilité des espèces à de nouvelles régions et de faire connaître celles-ci aux futurs producteurs». D’où l’introduction du sésame et du safran dans la région de Khénifra et dans la région de Outat El Haj. En effet, le safran est cultivé depuis des années dans la région montagneuse de Taliouine ou de Tazhnakht. Capable de supporter des écarts thermiques importants s’ils ne surviennent pas à des périodes sensibles, végétant naturellement entre 650 m et 1.200 m d’altitude, cette espèce est susceptible de s’adapter à l’environnement montagneux du Moyen-Atlas.

Essais

Afin de faire connaître efficacement la culture du safran à un grand nombre de personnes, un espace de démonstration a été installé au centre technique de Ouaoumana avec la participation de jeunes en formation, un autre au domaine expérimental d’Annoceur et un troisième dans la commune rurale de Tissaf. De même, différents essais de sésame ont été installés à Khénifra dans les communes rurales d’Aziza, Oum R’biaet Ouaoumana, et à Outat El Haj dans la commune rurale de Tissaf. «Cette culture, bien connue dans le Tadla, peut réussir dans les zones montagneuses, à condition de bien choisir la date de plantation et d’éviter une irrigation trop importante qui prolongerait la saison de végétation au détriment de la qualité de la production», souligne Kajji. «Les rendements obtenus in situ ont été satisfaisants tant sur le plan quantitatif que qualitatif. De plus, cette production se conserve facilement», conclut-il.