Story IPBES : Les experts préviennent que les espèces de pollinisateurs, qui sont essentielles pour assurer les ressources vivrières mondiales, diminuent en nombre et sont gravement menacées

IPBES : Les experts préviennent que les espèces de pollinisateurs, qui sont essentielles pour assurer les ressources vivrières mondiales, diminuent en nombre et sont gravement menacées

Kuala Lumpur – 26 février 2016 - Selon la première évaluation mondiale des pollinisateurs, de plus en plus d’espèces de pollinisateurs dans le monde sont menacées d’extinction en raison de pressions diverses, nombre d’entre elles étant d’origine humaine, compromettant les moyens de substance de millions de personnes et des produits alimentaires représentant des centaines de milliards de dollars.

Toutefois l’évaluation, qui est le fruit de deux années de travail et qui a été publiée aujourd’hui par la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), présente également un certain nombre de moyens de protéger efficacement les populations de pollinisateurs.

Cette première évaluation publiée par l’IPBES, intitulée « Évaluation thématique des pollinisateurs, de la pollinisation et de la production alimentaire », est une initiative novatrice qui vise à mieux comprendre et gérer une composante fondamentale de l’écosystème mondial. Il s’agit également de la première évaluation de ce type qui s’appuie sur les connaissances issues de la science et des systèmes de savoirs autochtones et locaux.

Fondée il y a quatre ans et comptant aujourd’hui 124 États membres, l’IPBES est un point de convergence entre les connaissances scientifiques internationales et l’élaboration des politiques publiques.

Release date 29/02/2016
Keywords IPBES, Evaluation, Pollinisateurs, Ecosuystèmes,
Concerned URL file:///C:/Documents%20and%20Settings/Administrateur/Bureau/IPBES_4_Press_Release_FR.pdf
Source IPBES

Les pollinisateurs sont importants sur les plans économique et social

Selon Vera Lúcia Imperatriz-Fonseca, Coprésidente de l’évaluation et professeure à l’Université de São Paulo, « les pollinisateurs contribuent sensiblement à la production alimentaire mondiale et à la sécurité nutritionnelle ». « De leur santé dépend directement notre propre bien-être. »

À elles seules, les abeilles sauvages comptent environ 20 000 espèces; d’autres espèces de papillons de jour et de nuit, de guêpes, de coléoptères, d’oiseaux, de chauves-souris et d’autres vertébrés contribuent également à la pollinisation.

Parmi les cultures pollinisées figurent notamment celles qui produisent des fruits, des légumes, des semences, des fruits à coque et des huiles. Nombre d’entre elles sont d’importantes sources alimentaires de vitamines et de minéraux, sans lesquelles les risques de malnutrition pourraient augmenter. Plusieurs cultures sont également une grande source de revenus dans les pays en développement, par exemple le café et le cacao.

« Sans pollinisateurs, un grand nombre d’entre nous ne pourraient plus boire de café ou manger du chocolat et des pommes, ainsi que bien d’autres produits qui font partie de notre quotidien », a expliqué Simon Potts, Coprésident de l’évaluation et professeur en biodiversité et services écosystémiques à la faculté d’agriculture, de stratégie et de développement de l’Université de Reading (Royaume-Uni). Plus de trois quarts des cultures vivrières dans le monde reposent au moins en partie sur la pollinisation par les insectes ou d’autres animaux. Une partie de la production alimentaire mondiale annuelle, qui représente entre 235 et 577 milliards de dollars, est tributaire des contributions directes des pollinisateurs. Le volume de la production agricole tributaire de la pollinisation animale a augmenté de 300 % au cours des 50 dernières années, mais les cultures qui dépendent des pollinisateurs ont une croissance et une stabilité de rendement inférieures à celles qui n’en dépendent pas. Près de 90 % des plantes à fleurs sauvages dépendent au moins dans une certaine mesure de la pollinisation animale.

Facteurs mettant les pollinisateurs en péril

L’évaluation a conclu que, selon les estimations, 16 % des pollinisateurs vertébrés – 30 % pour les espèces insulaires − sont menacés d’extinction à l’échelle mondiale, et cette tendance risque de s’accentuer.

Bien que la plupart des insectes pollinisateurs n’aient pas fait l’objet d’une évaluation à l’échelle mondiale, les évaluations régionales et nationales indiquent des niveaux élevés de risque, en particulier pour les abeilles et les papillons – bien souvent, plus de 40 % des espèces invertébrées sont menacées sur le plan local.

Selon Robert Watson, Vice-Président de l’IPBES, « les pollinisateurs sauvages dans certaines régions, en particulier les abeilles et les papillons, sont menacés par plusieurs facteurs ». « Le déclin des populations de pollinisateurs s’explique essentiellement par l’évolution de l’utilisation des terres, les pratiques agricoles intensives et l’utilisation de pesticides, les espèces exotiques envahissantes, les agents pathogènes et les changements climatiques. »

Le recul des populations de pollinisateurs sauvages au niveau régional a été confirmé en Europe du Nord-Ouest et en Amérique du Nord. Bien que des diminutions locales aient été enregistrées dans d’autres régions du monde, les données sont trop fragmentaires pour pouvoir tirer des conclusions générales.

De nouveaux éléments issus d’une étude menée sur le terrain en Suède montrent que l’utilisation d’un insecticide à base de néonicotinoïdes a une incidence négative sur la reproduction des abeilles sauvages, mais aucun effet sur les colonies d’abeilles à miel n’a été détecté.

Les ravageurs et les maladies font peser un danger particulier sur les abeilles domestiques, mais le risque peut être atténué grâce à un meilleur dépistage des maladies et une meilleure gestion thérapeutique et par l’adoption de règlements régissant le commerce et le mouvement des abeilles.

En général, les cultures génétiquement modifiées sont soit tolérantes aux herbicides, soit résistantes aux attaques d’insectes. La tolérance aux herbicides réduit la disponibilité de mauvaises herbes, qui constituent une source d’alimentation pour les pollinisateurs. La résistance aux insectes se traduit souvent par une diminution de l’utilisation d’insecticides et peut contribuer à atténuer les pressions qui s’exercent sur les insectes utiles, y compris les pollinisateurs. Cependant, les effets sublétaux et indirects des cultures génétiquement modifiées sur plusieurs pollinisateurs ne sont pas encore bien compris.

Protéger les pollinisateurs : de nombreuses solutions

« La bonne nouvelle est qu’un certain nombre de mesures peuvent être prises pour réduire les risques pour les pollinisateurs. Le rôle des savoirs autochtones et locaux est important à cet égard » a déclaré M. Zakri Abdul Hamid, Président fondateur de l’IPBES depuis qu’il a été élu à l’occasion de la première réunion de l’organisation, en 2012.

Ces mesures comprennent la promotion de l’agriculture durable, qui permet de diversifier le paysage agricole et s’appuie sur les processus écologiques dans le cadre de la production alimentaire. Concrètement, ces solutions sont les suivantes :

  • Planter des bandes ou des parterres de fleurs sauvages et créer, ou entretenir, une plus grande diversité d’habitats pour les pollinisateurs au niveau des paysages;
  • Atténuer l’exposition des pollinisateurs aux pesticides en réduisant l’utilisation de ces derniers, en recherchant d’autres moyens de lutter contre les ravageurs et en adoptant une panoplie de modes d’application appropriés, y compris des techniques visant à empêcher la dispersion des pesticides; et
  • Améliorer la gestion des élevages d’abeilles pour mieux lutter contre les agents pathogènes, en l’accompagnant d’une meilleure réglementation du commerce et de l’utilisation des pollinisateurs commerciaux.

Autres conclusions

  • Une grande diversité de pollinisateurs sauvages contribue à rendre la pollinisation plus stable, même lorsque les abeilles domestiques sont présentes en grand nombre.
  • Un certain nombre de cultures non vivrières dépendent aussi des pollinisateurs. Ces cultures fournissent du biocarburant sous la forme d’huile de colza, des fibres sous la forme de coton ainsi que des produits médicinaux, du bois d’œuvre et des produits importants sur le plan culturel.
  • L’abeille à miel européenne est le pollinisateur le plus répandu dans le monde, produisant près de 1,6 million de tonnes de miel par an selon les estimations.
  • Le rendement des cultures dépend tant des espèces sauvages que des espèces domestiques.
  • Le nombre de ruches a globalement augmenté au cours des 50 dernières années, mais a diminué dans de nombreux pays d’Europe et d’Amérique du Nord.
  • Les changements climatiques ont entraîné une modification de la répartition de nombreux bourdons et papillons pollinisateurs.

L’évaluation de l’IPBES a permis d’analyser une somme considérable de connaissances sur les pollinisateurs, la pollinisation et la production alimentaire, afin que les décideurs aient accès à des informations de très haute qualité. L’évaluation a été compilée par une équipe composée de 77 experts.

Citations des organisations de soutien

« La menace croissante à laquelle font face les pollinisateurs, lesquels jouent un rôle essentiel dans la sécurité alimentaire, montre à quel point les populations et l’environnement sont liés et à quel point notre destin et celui du monde naturel sont entremêlés. Dans le cadre des efforts que nous déployons pour assurer la sécurité alimentaire, il importe d’aborder ce défi en tenant compte des impacts environnementaux qui y sont associés. Le développement durable, qui consiste notamment à améliorer la sécurité alimentaire pour la population mondiale, exige une démarche qui englobe l’environnement. » Achim Steiner, Directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE)

« La pollinisation, en tant que service, est un intrant agricole qui assure la production des cultures. Tous les exploitants agricoles, en particulier les exploitants familiaux et les petits propriétaires, bénéficient de ce service partout dans le monde. L’amélioration de la densité et de la diversité des pollinisateurs a un effet positif direct sur le rendement des cultures, promouvant la production alimentaire et la sécurité nutritionnelle. Ainsi, il est essentiel d’améliorer les services fournis par les pollinisateurs pour atteindre les objectifs de développement durable et aider les exploitants familiaux à s’adapter aux changements climatiques. » José Maria Graziano da Silva, Directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)

« Les défis complexes et interdépendants auxquels nous devons faire face aujourd’hui en matière de développement exigent que les décisions soient prises sur la base de données scientifiques fiables et qu’elles tiennent compte des savoirs autochtones et locaux. Tenir compte des connaissances scientifiques dans des domaines tels que la pollinisation contribuera à l’adoption plus éclairée de politiques qui protègeront les services écosystémiques essentiels tant pour la sécurité alimentaire que pour l’élimination de la pauvreté. Le PNUD s’emploie activement à favoriser le dialogue entre les scientifiques, les décideurs et les praticiens dans ce domaine, comme dans d’autres domaines connexes, aidant les pays à mettre en œuvre le Programme de développement durable à l'horizon 2030. » Nik Sekhran, Directeur et chef de groupe professionnel, Développement durable, Bureau des politiques et de l'appui aux programmes, Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD)

Au sujet de l’IPBES

La Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) est similaire au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Créée en avril 2012, elle est un organe intergouvernemental indépendant chargé d’évaluer l’état de la biodiversité de la planète, de ses écosystèmes et des services essentiels qu’ils procurent. L’IPBES est ouverte à tous les États Membres de l’Organisation des Nations Unies et compte actuellement 124 membres.

Les évaluations de l’IPBES fournissent aux décideurs des informations scientifiques crédibles et indépendantes sur lesquelles s’appuyer pour prendre des décisions en connaissance de cause concernant les moyens de protéger la biodiversité et les services écosystémiques.

Les évaluations proposent en outre des méthodes permettant d’interpréter les conclusions et tiennent compte des relations complexes qui existent entre la biodiversité, les services écosystémiques et les populations. Bien que les évaluations de l’IPBES présentent plusieurs moyens d’action possibles, elles ne font pas de recommandations en la matière. Les évaluations de l’IPBES sont réalisées par des experts de renom qui synthétisent, examinent, évaluent et analysent les informations et connaissances pertinentes générées dans le monde entier par les organismes publics, les milieux universitaires, les organisations scientifiques, les organisations non gouvernementales et les populations locales et autochtones. Les experts de l’IPBES, qui viennent d’organisations, d’institutions et du secteur privé du monde entier, exercent leurs fonctions à titre bénévole. Ils sont choisis parmi les candidats désignés par les gouvernements et les organisations intéressées. Ces experts, qui sont actuellement au nombre de 1 000, contribuent, depuis toutes les régions du monde, aux travaux de l’IPBES.

Les travaux de l’IPBES sont appuyés par un secrétariat basé à Bonn (Allemagne). Celui-ci opère sous les auspices de quatre programmes et organismes des Nations Unies : le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE); l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO); l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

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