Biodiversité

Jusqu’à ce jour, les listes d’espèces de faune et de flore développées à l’échelle nationale et répertoriées au sein du Département du Développement Durable, se basent sur deux principaux travaux, à savoir : l’Étude Nationale de la Biodiversité (ENB) de 1998 et les listes des espèces découvertes au Maroc jusqu’en 2013 (Projet réalisé dans le cadre d’un financement du Programme des Nations Unies pour l’Environnement – PNUE). Afin de présenter l’état réel de la biodiversité, un travail d’actualisation des données spécifiques a été réalisé dans le cadre de l’Evaluation Nationale de la Biodiversité et les Services Ecosystémiques (ENBSE). Celui-ci s'est basé dans un premier temps sur une série de consultations auprès d’experts scientifiques et organismes (nationaux et internationaux), afin d’identifier l’information disponible et la faisabilité du travail. Il en est ressorti que les informations pour certains groupes sont faciles à obtenir et existent déjà sous forme d’Atlas ou travaux récents produits à l’échelle nationale tandis que pour d’autres groupes, aucune publication nationale centralisant l’information n'est disponible, ce qui nécessite une analyse approfondie d’un ensemble de publications scientifiques. Enfin, il est important de signaler que, pour certains groupes taxonomiques, aucune publication récente ne permet d’approfondir le travail d’analyse, par rapport aux données présentées dans les études mentionnées précédemment. 

Pour chacun des groupes taxonomiques, les équipes d’experts ont procédé selon les principales étapes suivantes : 

  1. harmonisation des listes établies en 1998 et 2013, sous un seul fichier exploitable ; 

  2. actualisation et compléments en fonctions des publications les plus pertinentes et des bases de données spécialisées ;

  3. compléments d’information portant sur les statuts (nationaux et internationaux) des espèces ; 

  4. consolidation d’un fichier unique transmis au Département du Développement Durable et exploitable pour la création d’une base de données ;

  5. identification des lacunes et des besoins.

Nous préciserons par ailleurs que cette actualisation ne se veut pas être un travail de révision taxonomique détaillé mais plutôt, une mise à jour et une validation des listes existantes, sur la base des publications les plus récentes au Maroc. En outre, ce travail œuvre pour signaler les lacunes et identifier les besoins, en matière de programmes de recherches et d'études permettant de combler ces manques identifiés. 

La diversité climatique et géographique du Royaume, a permis l’émergence d’une grande diversité d’écosystèmes et de biodiversité. On retrouve un nombre estimé de 25 597 espèces animales (incluant les invertébrés) et 7 491 espèces végétales et de champignons (dont 4 800 plantes vasculaires), avec un taux d’endémisme particulièrement élevé parmi les pays méditerranéens. Pour les plantes vasculaires, 17,2% sont qualifiées d’endémiques dont 8,92% sont reconnues comme strictement endémiques au Maroc et 2,6% sont endémiques au Maghreb. Concernant les champignons, 10 espèces sont considérées comme strictement endémiques du Maroc (1,2%). Pour la faune, 11,70% des espèces sont considérées comme endémiques selon l’actualisation des listes (28,6% des amphibiens, 19,6% des reptiles, 11,9% des mammifères continentaux, 54% des poissons d’eau douce, 71,4% des mollusques dulcicoles, 15,6% des odonates). Enfin, les milieux marins du Maroc abritent une grande diversité d’espèces marines (7 136 espèces), ainsi que plusieurs pêcheries importantes et 3,3% d’espèces endémiques.

Pour autant, l’actualisation de l’état des connaissances sur la diversité spécifique au Maroc met en évidence certains manques, lacunes ou besoins en matière de connaissances sur un certain nombre de groupes taxonomiques ainsi que les taux d’endémismes, les niveaux de menaces et statuts de conservation, ou encore sur le statut des espèces envahissantes ou exotiques. ’absence d’un système de gestion de données spécifique et le manque d’actualisation des connaissances, constituent un frein aux décisions politiques en matière de conservation et protection d’espèces. 

Si les groupes d’oiseaux, de flore vasculaire, de lépidoptères, de reptiles et d'amphibiens et de mammifères continentaux sont à ce jour bien maîtrisés, d’autres comme les champignons, les lichens, les mousses, les invertébrés terrestres et dulcicoles et l’ensemble de la biodiversité marine, nécessitent un travail important d’inventaire, de recherche et d’actualisation globale. Une étude exhaustive à l’échelle nationale mobilisant des chercheurs spécialisés et reposant sur une prospection intense reste nécessaire, notamment pour les taxons dont les publications sont plus rares.

En complément des éléments présentés ci-dessous, on notera que les connaissances en matière de microbiologie sont actuellement concentrées au niveau du Laboratoire de Microbiologie et de Biologie Moléculaire (LMBM), qui a mis en place les Collections Coordonnées Marocaines de Microorganismes (CCMM), regroupant près de 3 000 microorganismes, dont 95% d’origine marocaine. Cependant, ce domaine complexe, dont l’information est mise à la disposition de la communauté scientifique pour leur valorisation biotechnologique, reste peu accessible et dont aucun document de référence à l’échelle nationale n'a été produit à ce jour. 

Au moment de l’évaluation (mars 2021), au Maroc, sur un total de 2 695 espèces de faune, flore et de champignons évaluées par l’UICN, les espèces dont les statuts sont les plus préoccupants (Vulnérable ; En danger ; et En danger critique) sont estimées à un total de 291 espèces. Cette liste met aussi en évidence la tendance évolutive des populations des espèces évaluées. Parmi les espèces menacées, 71% ont une population décroissante (191 des 268 espèces). Les espèces en danger critique d’extinction (CR) touchent en particulier les écosystèmes marins (40%) et aquatiques (35%). 

Les proportions d’espèces menacées connues et évaluées par l’UICN sont lesplus élevées pour les Chondrichtyens (poissons cartilagineux), les insectes et les oiseaux en ce qui concerne la faune, ainsi que pour les Magnoliopsidae (plante Angiosperme dicotylédone, regroupant des espèces de plantes vertes à fleurs) et Liliopsidae (Monocotylédones, regroupant des espèces de plantes vertes vascularisées) concernant la flore. Les Agaricomycètes (règne des champignons), les Gastéropodes (mollusques d’eau douce et marins, incluant les escargots) et les bivalves (mollusques d’eau douce et d’eau de mer, incluant les moules) présentent quant à eux le taux le plus élevé d’espèces menacées au sein d’un même taxon, avec respectivement 60%, 53% et 42% des espèces évaluées considérées comme menacées.